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Finance responsable, finance sociale, finance solidaire

François Bottollier-Depois

Finalité du cours

L’objectif de ce cours est de permettre aux étudiants d’interroger les outils et institutions financières quant à leurs finalités explicites ou implicites. Pour aborder la question de la finance « responsable », il s’agira avant tout de se demander quelle est précisément la critique implicite faite à la finance : que faut-il changer et pourquoi ? Ces questionnements devront permettre d’aborder de façon plus pertinente et critique les outils existants dont l’objectif est de rendre la finance plus « responsable » ou plus « solidaire ».

Déroulement du cours

Séance 1 : lundi 9 décembre (14h00 – 17h00) Paris Champerret

Introduction : qu’est-ce que la finance et en quoi concerne-t-elle le citoyen ?
La finance n’est pas qu’une question technique, c’est une activité humaine. Cette activité n’est pas autonome, elle n’est pas hors de portée de l’homme ni simplement soumise à des outils techniques (notamment mathématiques). En tant qu’activité humaine, elle est ainsi liée à un contexte, à un environnement, et à des choix humains. En ce sens, elle soulève des questions politiques, elle est l’objet de luttes de pouvoir, d’intérêts et de valeurs.
Cette introduction visera à construire collectivement une définition de ce que l’on peut considérer comme des activités relevant de la finance, et à en dessiner les frontières.
Premier thème : critique politique de la finance ; en quoi la finance peut-elle être considérée comme « irresponsable » ?
Parler de finance « responsable » implique de partir du postulat qu’il existe une autre finance qui, au mieux, ne s’intéresse pas aux questions de responsabilité, au pire est « irresponsable ». Cette critique est souvent portée sur des enjeux techniques (une taxe, un produit par exemples), mais elle est nécessairement portée par des valeurs : c’est en cela que nous considérons la question de la finance responsable, ou encore de la finance sociale ou de la finance solidaire, avant tout comme une critique politique de la finance.
Une activité peut-elle être « responsable » ? Dans quelle mesure cette qualification, que l’on donne à celui qui peut ou doit « répondre de ses actes », peut-elle être donnée à un produit ou à une entreprise ? Au final, qui est responsable ?
Cette critique sera questionnée à partir de trois cas, du plus technique (le LBO) au plus systémique (la question du risque).
Cas n°1 : les LBO sont-ils de simples outils techniques ?
Cas n°2 : les FCPR et la question du court-termisme financier
Cas n°3 : est-ce « mal » de rémunérer le risque ?

Séance 2 : mardi 10 décembre (9h40 – 12h50) Paris Champerret

Deuxième thème : la finance comme levier pour une économie plus responsable
Au final, « responsabiliser » la finance revient à soumettre l’outil à son maître, c'est-à-dire à rendre les activités financières conformes aux valeurs des individus qui y participent.
Cela peut, en premier lieu, se faire en modifiant les règles, les techniques et les outils afin d’orienter le système dans un sens différent. La société doit « dompter » le dragon de la finance pour l’utiliser pour atteindre ses propres fins. En d’autres termes, on « flèche » les capacités de financement vers des activités à besoin de financement vertueuses.
La finance solidaire et les autres leviers étatiques : lorsque la société veut reprendre contrôle sur des outils, cela peut au plus simple passer par une réglementation. C’est le cas d’un certain nombre de produits créés ou labellisés par l’Etat.
L’Investissement? Socialement Responsable (ISR) ou le levier citoyen : la société peut également reprendre contrôle elle-même de ses outils. L’ISR peut ainsi être considéré comme des actions citoyennes (l’épargnant devient responsable). Reste ouverte la question de la conformité de ces produits étiquetés comme « responsables » avec les volontés des citoyens.
L’impact investing, des leviers citoyens plus radicaux ? Face aux limites de l’ISR (qui vient principalement des acteurs traditionnels de la finance et est souvent qualifié de greenwashing ou de socialwashing), l’impact investing a été créé afin d’affecter les capacités de financement en fonctions de critères sociaux et environnementaux d’abord, financiers ensuite. Il est présenté comme un juste milieu entre la finance traditionnelle et la philanthropie.

Séance 3 : mardi 10 décembre (14h00 – 17h00) Paris Champerret

Troisième thème : la finance comme objet collectif
Plutôt que de « dompter le dragon » en fléchant par différents moyens l’épargne vers des projets jugés meilleurs, une deuxième solution consisterait à « tuer le dragon », c'est-à-dire à détruire les outils forgés par d’autres pour reprendre le pouvoir sur la finance.
Le financement de l’économie sociale et le financement par l’économie sociale : par définition, l’économie sociale distingue le pouvoir et la propriété et limite la lucrativité, ce qui constitue une différence fondamentale dans le fonctionnement des mécanismes financiers. L’économie sociale fait ainsi l’hypothèse que certains individus seront prêts à financer une entreprise sans espoir de retour sur investissement, et sans obtention de pouvoir : les hypothèses libérales qui sous-tendent une grande partie de la finance traditionnelle sont ainsi remises en cause.
La microfinance : une finance pour les pauvres ? La microfinance consiste à faire accéder aux activités bancaires (crédit, épargne, assurance) les populations qui en sont exclues.
Les initiatives de finance locale et solidaire : différentes initiatives consistent à recréer un système financier relativement indépendant de la finance traditionnelle, et fonctionnant sur des logiques différentes (solidarité notamment). Il s’agit d’initiatives de finance communautaire (tontines, Cigales, etc.), de monnaies locales, ou encore des initiatives plus récentes de crowdfunding (Ulule, Kickstarter, etc.).

Evaluation : analyse critique d’une initiative de finance responsable

Les étudiants devront réaliser une fiche d’analyse d’une initiative de finance responsable (outil, produit, fond, politique publique, etc.). Il s’agira de décrire et d’analyser cette initiative d’un double point de vue politique et financier :
- D’un point de vue politique, il s’agira de décrire les objectifs affichés (en termes sociaux, culturels, environnementaux, etc.), puis de les déconstruire et de les critiquer. Quelles sont les valeurs sous-jacentes ? Quels sont les intérêts en jeu, les jeux de pouvoir ? Quels seront les différents effets de cette mesure ?
- D’un point de vue financier, il s’agira de montrer dans quelle mesure l’initiative présentée vous semble viable et économiquement efficace.
Bien évidemment, les aspects politique et financier se nourrissent l’un l’autre (la construction technique d’un produit peut par exemple cacher des effets induits différents des effets affichés). Les deux aspects ne doivent donc pas constituer les deux parties de l’analyse.
L’initiative peut être par exemple :
• Un fonds ISR coté ou private equity (ex: KKR Green Portforlio Program, Citizen Capital, Business Angels des Quartiers, Nef Capital Ethique)
• Une initiative réglementaire: directive AIFMD; « Proposal for a Regulation on European Social Entrepreneurship Funds » (http://goo.gl/PbzfX), implications financières du Social Business Act (Royaume Uni), finance solidaire en France, etc.
• Une initiative d’impact investing: NeXii?, SaSIX, BOVESPA, ASIAIIX, GEXSI, B-CORP, Social Impact Bond (Social Finance), GIIRS
• La politique d’investissement d’une banque
• Etc.
La fiche devra respecter le modèle de l’AMO (fiche initiative). Elle devra compter entre 5000 et 10000 caractères (espaces compris).
Le choix de l’initiative devra être confirmé par l’enseignant : la proposition d’initiative devra être faite par email (fbdepois.prof@gmail.com) au plus tard le 05/01/2014. L’envoi final de la fiche devra être fait par email au plus tard le 19/01/2014.
Quelques exemples de fiches se trouvent sur le site de l’AMO (http://appli6.hec.fr/amo/Articles/Liste/Theme/financecomptabilitevaleur-15.sls



Collaborateur(s) de cette page: Luis_Cuenca .
Page modifiée dernièrement le Vendredi 23 de Août, 2013 20:47:01 CEST par Luis_Cuenca.

La Majeure Alternative Management a la tristesse d'annoncer le décès de Monsieur François Rousseau, Président des Conseils scientifiques de l'Observatoire national de l'ESS et de l'Observatoire régional de la CRESS PACA, chef d'entreprise, chercheur en sciences de gestion. François Rousseau a enseigné plusieurs années le cours d'Economie Sociale et Solidaire dans la majeure. Nous souhaitons lui rendre hommage et exprimer notre solidarité vis à vis de ses proches.
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